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nocte en bulle

...Le côté poli du miroir est aussi celui du reflet...
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December 30

Voisinage

J’suis la greluche du 5ème qui mijote ses mots dans une casserole, je fais des phrases dans ma soupe avec des lettres de pâtes. J’écris dans ma purée à l’encre sauce poulet rôti !

                J’ suis la greluche du 5ème qui parle au pigeon cancéreux. J’les nourris de lettres de pâtes dures. Et j’écris pigeon pigeon !

                J’suis la greluche du 5ème, la frappée que le concierge n’ose pas mettre dehors. J’ai bien trop machins bizarres moi pour qu’on y entre. Boussoles en carton, fil à couper le pain, râcle-nez en étain, aspirateur à ampoule, savon à plafond c’est moi qui fais tout !

                J’suis la greluche du 5ème qui est seule, je parle aux mouches et aux plantes. Jn’embetterai plus personne. Et qu’il le récupère son appartement le vieux chameau!

December 29

Latente

                Je suis en bas de chez toi. Je regarde la pluie tomber. Je crois que je suis trempée de la tête au pied. Mon bonnet est une éponge et mes chaussures deux baignoires débordantes. Même ton chien n’est pas de sortie. Il fait un temps de canard et le peu de maquillage que j’ai, a terminé de me faire une tête de ramoneuse. Ca m’apprendra à acheter toujours le premier prix.

Ca fait bientôt deux heures et demi que j’attends en bas de chez toi. J’attends que la lumière de ta chambre s’allume, que tu écartes les rideaux en pointant une mine ensommeillée dont je ne verrai que les contours. De derrière son portail ta maison a vraiment des airs de manoir malveillant. Trois étages de briques, rougeoyantes. Des gouttières débordantes d’eau, de feuilles mortes et de mes cailloux mornes. De grandes fenêtres nues et sans volets… C’est moi qui ai l’impression d’être nue, c’est moi qui devrais s’envoler vers ta fenêtre. Ouvre-moi, dépêche-toi, je vais vraiment finir par tomber malade et me noyer. De quoi ai-je l’air sur cette plaque d’égout ? Une vieille cigogne qu’un lampadaire bornoie d’un faux éclat. Une forme immobile que la nuit arrondit d’obscurité. Je suis ton ombre depuis bien trop longtemps, ce soir était le dernier. Nous jouerons désormais comme des adultes ; le bus va bientôt arriver. Tant pis, nous n’aurons été l’un pour l’autre que des anomalies. De drôles d’anomalies.  Après la pluie le beau temps. Fais de beaux rêves. Je ne serai plus en bas de chez toi.

 

November 29

le vers de la guerre.

[ mode parasite on] Petit exercice de théatre qui consistait à écrire une lettre dans la peau d'un personnage pour un autre. Il s'agissait ensuite de la lire à une personne choisie. Vous trouverez une correspondance fictive imaginée de Guillaume Apollinaire à Lou. [mode parasite off]

 

 

 

Mon Lou,

Que cet hiver est froid loin de vous. Ici les obus tombent encore plus que la pluie. Les intempéries ont cela de bon qu’elles dissimulent pour quelque temps l’horreur des projectiles. C’est à votre souvenir que je m’accroche un peu plus chaque jour. Derrière ma vitre brisée, j’entends le vent écorcher votre nom sur chaque éclat de verre, mais c’est mon cœur qui saigne. Je vois chaque nouvelle aube, des hommes tomber au champ qu’on appelle d’honneur. C’est une étrange et amère ironie qui sévit ici. Dans ces champs nourriciers, c’est la mort qui est cultivée. La guerre est la pire des semeuses, implacable, vicieuse et perverse. Et nous ne sommes plus rien, animaux déshumanisés. J’ai le sentiment d’avoir égaré mon identité, de n’être plus, si ce n’est le bras exécuteur d’une mort omnipotente. Il n’y a plus ni Apollinaire ni soldat, il ne reste qu’un tas de chaire vacillant sous les feux, une silhouette claudicante brandissant sa seule identité : l’acier d’une baïonnette. C’est pourquoi je vous écris mon Lou. C’est un cri désarticulé, la recherche de mon identité. Je me rappelle à vous pour ne pas m’oublier.

Il est bien loin le temps de notre rencontre à Nice, où chemin faisant je scandais sur vos initiales, le nom de ses fleurs que vous aimiez tant. Lys, Orchidée, et Urtica. Ma montre s’est arrêtée sur nos adieux. Les aiguilles sont figées en un sourire qui me rappelle le votre. Il était 8h17 quand déjà s’éloignait la fumée de mon train. Mon Lou, j’ai mangé hier une des oranges que vous m’aviez rapportés de Nîmes. Désormais il m’en reste qu’une que je garde précieusement. C’est un cœur étrange que cette orange. Un soleil concentré, riche d’amour. Rondeurs délicates dans les traits acérés des combats. Cette orange c’est un peu toi mon ange. Un peu de lumière.

 

Ici tout est gris et noir, et il y a ce sang, partout. Tout n’est que fumée, fracas, râles éclats et agonie. Et il y a ce sang partout. Il y a cette vie qui s’écoule sur l’affreuse palette de la guerre. Un vermillon vif qui jaillit d’une gorge ébréchée emportant dans un jet les souvenirs de dix-huit jeunes années. Il y a le pourpre qui coagule lentement au fond d’une flaque boue comme un souvenir qui se noie. Et il y a ces traces sinistres, ces taches marron qui enduisent les bâtiments d’un baume mortuaire.

Mon Lou j’ai de la peine pour l’homme. Je crains d’arriver au point de rupture. La guerre où je me suis engagé n’est plus celle à laquelle je croyais. C’est derrière ma fenêtre brisée que je m’en aperçois chaque jour. Je suis comme ces carreaux. Brisés, dépareillés et écorchés, le moindre bruit m’effraie et je crains de m’effondrer à la première secousse. Mes failles je les connais et vous aussi. L’une d’entre elle ne cesse de s’accroître, et je me perds. Je vous perds. Je perds votre image, votre odeur, vos doux mots. La guerre s’insinue en moi comme des poussières crasses. J’étouffe mon Lou. C’est pourquoi je vous écris. Lisez dans ces lignes tracées par une écharde de munition, un dernier effort. Celui de retrouver l’espoir. Ressentez mon égarement, la maladresse de mes mots, la douleur de mes maux. J’attends, de vous, de vos nouvelles. J’attends une réponse qui saura réunir tout votre univers, vos parfums et vos cheveux. Mon Lou je vous attends, vous êtes ma guerre de vie, d’espoir et de cœur. J’attends.

 

G. Apollinaire

November 06

Il est 17h... Paris...

Avec l'aimable soutien illustratif de Thomas Renard, et le fond sonore du RC3.

La vie de Paris

La vie parisienne, c’est le gris quotidien

Des échardes de brume, des nuages de bruit

Un ciel monotone sur des chapeaux anciens.

La vie parisienne, c’est une foule qui s’enfuit.

 

Des phares qui s’entrechoquent, des esprits qui s’ignorent.

Paris, c’est un ventre. L’appareil d’une nuit

Passant d’un régime à l’autre sans effort.

Aujourd’hui l’échappement, autrefois la suie.

 

Paris n’est pas un livre, ce n’est pas une histoire

Qu’on se raconte assis près de la cheminée.

Paris est un dandy habillé d’une moire.

 

Ses reflets changeants transforment la vérité

Et l’on ne se souvient que des bruits, des mouvances

D’un tout et d’un rien sur le même chemin d’errance.

October 12

Au fil

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moiwrote:
Nov. 6
Cam'swrote:
Je me réserve le droit de passer une deuxième fois, mais ta musique actuelle est vraiment émouvante ! J'adore ! Il faudra que tu me dises de quoi il s'agit, que je me trouve la partition... Allez, bises ! ;-)
Nov. 4
Cam'swrote:
Si on m'avait dit qu'un jour je trainerais sur son blog, j'aurais dis que je n'aurais rien eu à foutre.
Mais prenez le temps de vous arrêter, une forte délicatesse,  un suave exercice d'écriture vous emporte soit vers le délire, soit vers la mélancolie prenante.
Bref, j'adore Clément... enfin son écriture je veux dire. Quoique lui aussi : il m'a bien manqué cet été, j'avoue !
Bises à toi !
Cam
Sept. 22
Nicolaswrote:
C'est le blog de mon petit premier partout! qué yé soui fier 
July 23
Lu ciewrote:
mais c'est normal... = )
May 26
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